D’un point de vue général, l’homme exprime dans l’art :
l’exigence de l’harmonie et de la plénitude de l’existence.
C’est-à-dire des biens les plus précieux dont la société de classes le prive. C’est pourquoi toute œuvre d’art authentique porte toujours en elle une protestation contre la réalité, protestation consciente ou inconsciente, active ou passive, optimiste ou pessimiste.
Bien sûr beaucoup d’artistes aujourd’hui pensent, main dans la main avec la Critique, exactement le contraire. Prétendant que leurs œuvres ne portent aucun message, aucune idée orientée, que leurs œuvres sont au-dessus de ça, etc. Certains n’hésitent pas à nous ressortir le vieux refrain sur l’autonomie de l’art, de “l’art pour l’art”, l’art absolu et tutti quanti.
Il ne s’agit pas ici de polémiquer, mais disons pour résumer que l’art n’est nullement un élément désincarné se nourrissant de lui-même, mais une fonction de l’homme social, indissolublement lié à son milieu et à son mode de vie.
La création artistique est une altération, une déformation, une transformation, une interprétation de la réalité selon les lois particulières du langage propre à l’art.
Si fantastique, si mystérieux, si précieux que l’art puisse être, il ne dispose d’aucun autre matériau que celui qui lui est fourni par le monde à trois dimensions où nous vivons et par le monde plus étroit de la société de classes. Même quand l’artiste crée ses fantasmagories, ses frustrations, ses témoignages psychologiques, ses questions métaphysiques ou conceptuelles ; il transforme simplement l’expérience de sa propre vie, jusque et y compris son découvert à la banque ou la facture impayée de son téléphone.
Et dans une très large mesure, même si la forme (la tendance plastique) de l’art est indépendante, l’artiste qui crée cette forme et le spectateur qui la goûte, ne sont pas des machines vides, l’une pour créer la forme et l’autre pour l’apprécier ! Ce sont des êtres vivants, dont la psyché est cristallisée et présente une certaine unité, même si celle-ci n’est pas toujours harmonieuse. Alors quelles que soient les subtilités auxquelles se livrent les “autonomistes, puristes, formalistes, conceptualistes”, toute leur conception “simpliste” est fondée sur leur ignorance de l’unité psychologique de l’homme social, de l’homme qui crée et qui se nourrit de ce qui a été créé.
L’art exprime des idées et des sentiments communs. Quel qu’il soit, qu’on le présente comme muet ou comme agressif ou encore sérieux, pédant, apolitique, il reflète nécessairement des idées, des sentiments issus de notre réalité.
Et notre réalité s’il faut en parler c’est celle de la crise permanente du capitalisme, avec ses guerres aux quatre coin du monde, sa pauvreté, ses famines, ses maladies, son parasitisme, ses pillages, ses régimes de tortionnaires, ses licenciements, son chômage, son exploitation de la majorité par une minorité, son nihilisme, son indifférence morale, son fatalisme, et sa mauvaise foi aveugle et philosophique.
Alors il ne s ‘agit pas ici de démontrer tous les biens dont cette société injuste nous prive, mais seulement dire que s’il nous plaît de montrer des toiles avec leurs personnages colorés, simples, légers et plutôt gentils, leurs villes poétiques, leurs mondes intimes, abstraits ou figurés, c’est certainement parce que la vie n’est pas encore telle que nous la souhaiterions.
Vive l’art !
r.b